Après trois jours d’euphorie pendant lesquels je ne savais plus trop où j’étais, je suis donc revenu à un état « normal », mis à part bien sûr tout ce que j’avais « acquis » durant cette expérience. On n’est donc forcément plus tout à fait le même. On connait un nouvel état de conscience de soi-même et des autres, et même si l’on avait plus ou moins une telle conscience avant, elle est beaucoup plus vive et présente dans nos actes de tous les jours. On éprouve le sentiment d’être plus vivant qu’avant, d’être à la fois quelque chose d’unique, mais aussi d’être relié à l’ensemble de la « Création », de l’univers visible et invisible et de ne faire qu’un avec le « Tout ».
Avec le retour à la réalité, la première question qui vient à l’esprit, c’est « qu’est-ce qui m’est arrivé ? ». Une expérience comme celle-là sort totalement de l’ordinaire et je n’avais aucun souvenir d’avoir lu ou entendu quelque chose à ce propos. C’est là que m’est venu à l’esprit le mot illumination. Du coup, je me suis fait la réflexion, que si j’étais né quelques siècles plus tôt, j’aurais été bon pour le séminaire. Heureusement, dans mon cas, je n’étais déjà plus porté sur la religion à ce moment-là !
Avec le temps, tout cela s’est bien sûr un peu estompé, mais il reste le souvenir de l’expérience et surtout la vision, le message perçu pendant cette dernière.

L’un des aspects de cette expérience est le ressenti de l’énergie, de la vibration. C’est là encore difficile de trouver les mots pour l’expliquer. Je me sentais comme invincible, ayant une pêche d’enfer (c’est peut-être pas le mot le plus judicieux …), par moments tout mon corps semblait « vibrer » à l’unisson, comme un immense frisson ou fourmillement, comme si chaque cellule, chaque molécule, chaque atome se mettaient en résonance avec tous les autres, comme si chaque infime partie du corps prenait conscience de faire partie de ce corps, au même titre que je me sentais moi-même uni au « Tout ». Et cela a perduré bien au-delà des trois jours qui ont suivi l’illumination.
Un des autres aspects frappants de cette expérience est d’avoir fait, dans les quelques semaines qui ont suivi, des rêves qui étaient plus que de simples rêves. Je veux dire en temps normal, lorsque l’on se réveille, si par chance, on se souvient du rêve que l’on était en train de faire, en général le souvenir qui nous en reste est peu persistant, et l’est même d’autant moins que le rêve était insolite, décousu. À l’opposé, certains rêves que j’ai faits à pendant cette période étaient loin d’être farfelu et au travers d’une symbolique certaine, ils semblaient transmettre un message particulièrement fort. Qui plus est, le souvenir en était très persistant comme si j’avais « vécu » ces rêves. Ils sont restés gravés dans ma mémoire, même des années après. Le premier d’entre eux a été particulièrement fort, en voici un bref résumé :
L’un des aspects de la religion est la Foi, qu’on a bien souvent réduite à la croyance inconditionnelle à ce qui est allégué par les textes « sacrés » et les serviteurs de la Foi. Pour moi, la Foi a pris un aspect différent suite à l’expérience. Elle se rapporte maintenant à l’acceptation du savoir que m’ont apporté cette expérience et la prise de conscience immense qui l’a accompagnée. Ce qui n’est pas forcément plus simple, malgré le fait que bien des choses me semblent maintenant acquises intellectuellement, sans nul besoin de m’astreindre à croire.
Oscillant entre Foi et doute, je ressens en moi, maintenant bien plus qu’avant, une dualité entre la partie pleinement consciente et « acceptante », et la partie attachée à une vision plus terre-à-terre, en proie au doute, manipulé par mon ego, cet aspect de moi ayant une peur panique de s’évanouir, de disparaitre s’il se laissait entrainer totalement dans cette acceptation des choses.